À Washington, le 17 avril 2026, la rencontre présentée comme « fructueuse » entre la ministre de la Planification, Sandra Paulemon, et le président de la Banque Caribéenne de Développement, Daniel Best, illustre une fois de plus le décalage persistant entre les discours officiels et les réalités concrètes du pays. Organisée en marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, cette réunion s’inscrit dans une rhétorique bien rodée de « renforcement de la coopération » et de « partenariats solides », sans qu’aucune mesure tangible immédiate ne soit annoncée.
Sous couvert des priorités définies par le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé — sécurité, redressement économique et organisation des élections —, les échanges semblent surtout avoir consisté en une répétition d’intentions déjà maintes fois formulées. La ministre a salué des actions « pertinentes » de la Banque, tout en reconnaissant implicitement l’ampleur des défis liés à la pauvreté et aux déplacements de populations, ce qui souligne, en creux, l’insuffisance des résultats obtenus jusqu’ici.
L’annonce d’un portefeuille de près de 200 millions de dollars, incluant 50 millions de nouveaux engagements, est présentée comme un signal fort. Pourtant, cette promesse de financement, associée à une volonté d’« élargir l’appui », reste floue quant à son impact réel et à sa mise en œuvre effective. Les appels répétés à des mécanismes de décaissement « plus rapides et plus flexibles » trahissent d’ailleurs les lenteurs structurelles et les blocages qui freinent traditionnellement ce type de coopération.
Plus révélateur encore, l’insistance sur la nécessité d’un « alignement étroit » avec les priorités nationales et sur un partenariat « orienté vers les résultats » met en lumière un problème chronique : l’écart entre la planification et l’exécution. Malgré les engagements renouvelés dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’énergie ou la résilience économique et sociale, aucune indication précise n’est donnée sur les modalités concrètes permettant de transformer ces ambitions en changements palpables pour la population.
Enfin, la promesse d’embauche de jeunes professionnels haïtiens et l’annonce d’une nouvelle rencontre en mai apparaissent davantage comme des gestes symboliques que comme des réponses immédiates à l’urgence de la situation. En l’absence de calendrier clair, de mécanismes contraignants ou d’objectifs mesurables, cette rencontre, malgré son vernis diplomatique, risque de s’ajouter à une longue liste d’initiatives aux effets limités.
Derrière les formules consensuelles et les engagements réitérés, cette réunion met surtout en évidence une réalité préoccupante : la dépendance persistante à l’aide externe, combinée à une difficulté manifeste à traduire les promesses en actions concrètes, continue de freiner toute perspective de transformation durable.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com