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“Tèt Sous Simon” : quand la communication politique verdit plus vite que la réalité

Derrière les images soigneusement mises en scène de la visite du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à “Tèt Sous Simon”, une question persiste : assiste-t-on à une véritable transformation durable, ou à une opération de communication savamment orchestrée ?

Présentée comme un symbole éclatant de “retour de la vie et de l’espoir”, cette visite officielle ressemble surtout à un exercice classique d’autocongratulation gouvernementale. Le récit proposé est simple, presque trop : une zone autrefois abandonnée, réduite à deux arbres, aurait été miraculeusement transformée en espace verdoyant grâce à l’action de l’État. Mais aucune donnée concrète, aucun chiffre précis, aucun bilan mesurable ne vient appuyer cette narration idyllique.

Le gouvernement insiste sur un “ambitieux effort de reboisement” mené par le ministère de l’Environnement. Pourtant, aucune information n’est fournie sur la surface réellement reboisée, le taux de survie des plantations, ni sur les moyens financiers engagés. Dans un pays où de nombreux projets environnementaux échouent faute de suivi, ce silence interroge.

Le moment phare de la visite — la mise en terre symbolique d’un cocotier par Alix Didier Fils-Aimé — illustre parfaitement ce décalage entre symbole et réalité. Planter un arbre devant les caméras ne garantit en rien la pérennité d’un projet écologique, encore moins une amélioration structurelle des conditions de vie.

Plus troublant encore : la transformation du site est attribuée à une “mobilisation conjointe” incluant population, brigades environnementales et écoliers. Si cette participation est réelle, elle soulève une autre question : pourquoi l’État récupère-t-il politiquement des efforts collectifs souvent portés par des citoyens eux-mêmes confrontés à l’absence chronique de services publics ?

La réhabilitation de la source, présentée comme un acquis majeur, est elle aussi entourée de flou. Aucun détail technique n’est fourni sur la capacité réelle d’approvisionnement en eau, ni sur la durabilité des installations. Dans un contexte national marqué par des infrastructures défaillantes, ces omissions sont loin d’être anodines.

Quant à l’accueil “chaleureux” de la population, il est difficile de ne pas y voir un passage obligé du récit officiel. Là encore, aucune voix dissonante, aucun témoignage critique n’est mentionné. Cette unanimité apparente ressemble davantage à une mise en scène qu’à un reflet fidèle de la réalité locale.

En définitive, “Tèt Sous Simon” est peut-être moins le symbole d’un renouveau que celui d’une stratégie politique bien rodée : transformer une initiative locale en vitrine gouvernementale, en insistant sur les symboles au détriment des résultats concrets. Derrière les discours sur “l’espoir” et “la résilience”, les citoyens sont en droit d’attendre autre chose que des images et des promesses — des preuves, des chiffres, et surtout, des changements durables.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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