Sous couvert de mémoire nationale et d’élévation républicaine, la récente intervention du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, laisse un goût amer. Derrière les formules grandiloquentes et les gestes hautement symboliques, nombreux sont ceux qui y voient moins un véritable acte de fidélité historique qu’une opération de communication soigneusement orchestrée.
À l’occasion de la commémoration de la mort de Toussaint Louverture et de l’anniversaire du Musée du Panthéon National Haïtien, le chef du gouvernement a multiplié les déclarations solennelles, affirmant notamment que « Haïti n’est pas un accident de l’histoire ». Une phrase forte, certes, mais qui sonne creux dans un contexte où les réalités quotidiennes du pays semblent contredire toute idée d’un État pleinement assumé et fonctionnel.
Le dépôt de gerbe et le rallumage de la flamme éternelle aux Champs de Mars relèvent davantage du rituel que d’un engagement concret. Pendant que les caméras captent ces gestes symboliques, les citoyens, eux, continuent de faire face à une insécurité persistante et à une absence criante de services publics efficaces. La mémoire nationale, invoquée avec emphase, devient alors un écran derrière lequel se dissimule l’inaction.
L’évocation du Musée du Panthéon National Haïtien comme « socle de mémoire » apparaît elle aussi déconnectée des priorités urgentes. Si la conservation de l’histoire est essentielle, elle ne saurait se substituer à des politiques publiques tangibles. Le discours officiel semble confondre devoir de mémoire et stratégie de diversion.
Plus troublant encore est l’insistance sur la tenue prochaine d’élections « crédibles, inclusives et démocratiques ». Une promesse répétée à maintes reprises par les autorités, mais rarement suivie d’effets concrets. Dans ce contexte, ces déclarations ressemblent davantage à des incantations qu’à un véritable plan d’action.
Quant à l’appel lancé à la jeunesse, il frôle l’injonction morale. Inviter les jeunes à « s’approprier l’héritage » de Toussaint Louverture sans leur offrir des perspectives réelles d’avenir relève d’une contradiction flagrante. L’héritage ne se décrète pas ; il se construit à travers des conditions sociales, économiques et politiques dignes.
En conclusion, cette cérémonie, loin de raviver la flamme d’un idéal national, illustre surtout le fossé grandissant entre le discours officiel et la réalité vécue. Les slogans — « Vive le MUPANAH ! Vive Toussaint Louverture ! Vive Haïti ! » — résonnent alors comme des formules vides, incapables de masquer l’urgence d’actions concrètes.
Car au-delà des mots et des symboles, c’est bien sur le terrain que se mesure la fidélité à l’héritage de Toussaint Louverture. Et sur ce point, le gouvernement reste, pour l’instant, en défaut.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com