Le gouvernement, à travers le Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) et le FAES, affirme « poursuivre et renforcer » son assistance aux Personnes Déplacées Internes (PDI). Pourtant, à la lecture du communiqué officiel, une impression persistante se dégage : celle d’un effort davantage orienté vers la communication que vers une réponse structurelle à une crise humanitaire profonde.
La visite du ministre Marc-Elie Nelson, le 1er avril 2026, au centre de production de plats chauds logé à la Direction Générale de la Protection Civile, suivie d’un passage au camp de l’École Municipale de Pierre Labitrie, s’inscrit dans une mise en scène bien rodée. Accompagné du directeur général du FAES, Kesner Romilus, le ministre a multiplié les déclarations sur « l’engagement » et la « priorité absolue » accordée aux déplacés. Mais ces mots, répétés depuis mars 2025, peinent à convaincre face à la persistance de la situation.
Le gouvernement met en avant des chiffres impressionnants : 137 000 plats chauds distribués quotidiennement, des dizaines de milliers de bénéficiaires sur plusieurs jours, des cantines mobiles déployées sur 19 sites, et des restaurants communautaires répartis dans plusieurs départements. Pourtant, cette avalanche de données masque mal une réalité préoccupante : l’aide semble se limiter essentiellement à une logique d’assistance alimentaire d’urgence, sans indication d’une stratégie durable pour sortir les PDI de la précarité.
Car au-delà des repas distribués, aucune réponse claire n’est apportée sur les conditions de vie dans les camps, l’accès au logement, à l’emploi ou à la sécurité. Nourrir n’est pas reconstruire. Et si 2 900 personnes au camp de Pierre Labitrie reçoivent effectivement de la nourriture, cela ne dit rien de leur avenir ni de leur dignité à long terme.
Autre élément troublant : le financement de ces opérations. Le communiqué précise que ces initiatives sont soutenues par le Trésor public et le Fonds Monétaire International (FMI), via un programme en cours depuis 2022-2023. Une précision qui soulève une question fondamentale : pourquoi des dispositifs présentés comme des réponses immédiates existent-ils depuis plusieurs années sans avoir permis de réduire durablement la crise des déplacements internes ?
L’insistance sur « l’apaisement social » comme objectif central interpelle également. Derrière cette formule, difficile de ne pas voir une approche qui privilégie la gestion des tensions à court terme plutôt que la résolution des causes profondes du problème.
Enfin, la répétition des éléments de langage – « priorité nationale », « engagement », « solidarité » – contraste fortement avec l’absence de toute évaluation critique des actions entreprises. Le communiqué ne mentionne ni limites, ni défis, ni perspectives concrètes d’amélioration.
En définitive, cette opération illustre une tendance préoccupante : transformer une crise humanitaire majeure en opportunité de communication institutionnelle. Si distribuer des repas est indispensable dans l’urgence, cela ne saurait tenir lieu de politique sociale. À force de présenter l’assistance comme une fin en soi, le gouvernement risque de normaliser l’exceptionnel — et de laisser des milliers de déplacés enfermés dans une dépendance sans issue.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com