Derrière les formules ronflantes et les promesses de « dynamisation » du dialogue économique entre Haïti et la France, la récente rencontre entre le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, et son homologue français Nicolas Forissier laisse un goût amer. À lire le communiqué officiel, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes : coopération renforcée, investissements en perspective, exportations à stimuler. Mais à y regarder de plus près, ce discours apparaît surtout comme une répétition de vœux pieux, déjà entendus à maintes reprises, sans résultats tangibles pour l’économie haïtienne.
D’abord, l’insistance sur la « promotion des produits haïtiens » et leur intégration dans les circuits internationaux relève davantage de l’incantation que d’une stratégie crédible. Structurer les filières exportatrices ? Voilà une ambition louable, mais totalement déconnectée d’un tissu économique local fragilisé, où les entreprises peinent déjà à survivre dans un environnement marqué par l’instabilité et le manque d’infrastructures de base. Parler d’accès aux marchés européens sans résoudre ces problèmes fondamentaux revient à construire un château de cartes.
Ensuite, la volonté affichée d’attirer les entreprises françaises en Haïti interroge sérieusement. Sur quelle base concrète ces investissements seraient-ils encouragés ? Le texte évoque une « meilleure valorisation de l’image du pays », comme si la réalité économique et sécuritaire pouvait être maquillée par une simple opération de communication. Cette approche donne l’impression que l’on cherche à séduire des investisseurs sans s’attaquer aux causes profondes qui freinent leur engagement.
Plus troublant encore, la proposition de créer un « corridor commercial haïtien » au sein de dispositifs français comme Team France Export, ainsi que la désignation d’un référent dédié chez Business France. Si ces mesures peuvent sembler techniques et prometteuses sur le papier, elles traduisent surtout une dépendance accrue envers des structures extérieures, au lieu de renforcer une autonomie économique nationale. On multiplie les mécanismes d’accompagnement sans s’interroger sur leur réelle efficacité ni sur leur adaptation au contexte haïtien.
Le recours à des dispositifs préférentiels comme la loi HOPE, ainsi que l’accent mis sur les investissements étrangers dans des infrastructures industrielles ou des micro-parcs en régions, s’inscrivent dans une logique déjà éprouvée — et souvent critiquée. Cette stratégie, centrée sur l’attraction de capitaux extérieurs, a rarement permis un développement durable ou inclusif. Elle tend plutôt à maintenir une économie de sous-traitance, vulnérable et dépendante.
Quant au renforcement des capacités institutionnelles du ministère et de ses structures, comme la Direction du Commerce Extérieur ou le Centre de Facilitation des Investissements, il s’agit là encore d’une promesse récurrente. Combien de fois ces mêmes priorités ont-elles été annoncées sans véritable transformation sur le terrain ? L’identification d’un « accompagnement technique et financier » ne garantit en rien son exécution ni son impact réel.
Enfin, l’évocation de programmes comme le PAPEJ ou le PAEF, censés dynamiser l’écosystème entrepreneurial, semble relever davantage d’un effet d’annonce que d’une vision cohérente. Sans cadre global solide, ces initiatives risquent de rester marginales, incapables de produire un changement structurel.
En somme, cette rencontre illustre une fois de plus le décalage profond entre le discours officiel et la réalité économique du pays. Sous couvert de « coopération » et de « perspectives d’affaires », c’est une stratégie floue, répétitive et dépendante qui se dessine — loin des réformes courageuses et des actions concrètes dont Haïti a urgemment besoin.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com