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Konbit Haïti Zéro Déchet : quand les discours recyclent mieux que les déchets

Il fallait bien une Journée mondiale du recyclage pour recycler… les promesses. Le ministère de l’Environnement, dirigé par Valéry Fils-Aimé, a donc saisi cette occasion hautement symbolique pour lancer en grande pompe le Programme national « Konbit Haïti Zéro Déchet ». Une initiative qui, à défaut de nettoyer les rues, semble déjà parfaitement maîtriser l’art du nettoyage… rhétorique.

Dans une salle de conférence où l’air devait être sensiblement plus pur que dans les rues avoisinantes, le ministre, entouré notamment de Daril Balthazar et d’un aréopage de maires métropolitains, a livré une prestation désormais classique : insister sur « la nécessité », « l’importance », et surtout « la collaboration étroite ». Autant de mots soigneusement triés, compressés et recyclés à chaque nouvelle initiative publique.

Sous le « haut patronage » d’Alix Didier Fils-Aimé — formule qui, à elle seule, mérite peut-être un bac de recyclage spécifique — le programme promet rien de moins qu’une « nouvelle dynamique nationale » en matière de gestion des déchets. Une dynamique dont la trajectoire reste, pour l’instant, aussi invisible que les camions de ramassage dans bien des quartiers.

Le directeur du SNGRS, fidèle au script, a pour sa part évoqué le « renforcement des capacités opérationnelles, logistiques et techniques ». Traduction libre : on espère un jour avoir les moyens de faire ce qui est annoncé aujourd’hui. Une ambition louable, certes, mais qui semble flotter dans un espace théorique où les infrastructures existent déjà… sur le papier.

Moment d’enthousiasme mesuré du côté de Arsonval Alexandre, qui a salué une « synergie intercommunale ». Une synergie qui, si elle atteint un jour le terrain, constituera effectivement une révolution — ou, à défaut, une agréable surprise.

La liste des institutions présentes — du Ministère de l’Intérieur à l’Office National de l’Aviation Civile, en passant par les Douanes et le Fonds d’Entretien Routier — donne le tournis. Une mobilisation multisectorielle impressionnante, qui pose une question simple : faut-il vraiment autant d’acteurs pour gérer des déchets, ou s’agit-il d’un exercice collectif de dilution des responsabilités ?

Au final, « Konbit Haïti Zéro Déchet » se présente comme une « étape déterminante » vers un avenir propre, sain et résilient. Une promesse ambitieuse, presque poétique, dans un contexte où les montagnes de détritus, elles, continuent de croître avec une régularité que même les discours officiels ne parviennent pas à égaler.

Mais ne soyons pas injustes : dans un pays où tant de choses échappent au recyclage, il est rassurant de constater que les annonces gouvernementales, elles, restent infiniment réutilisables.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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