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Au MPCE, la planification tourne en rond pendant que le pays s’enfonce

À défaut d’actions concrètes visibles, les autorités semblent une fois de plus miser sur les ateliers, réunions et déclarations d’intention. Le lancement, en grande pompe, d’un atelier de deux jours au Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) autour du Programme d’Investissement Public (PIP) rectificatif 2025-2026 en est une illustration frappante.

Présentée comme une étape cruciale dans la relance de l’investissement public, cette initiative soulève pourtant de sérieuses interrogations quant à sa pertinence réelle, dans un contexte national marqué par l’urgence sécuritaire, l’effondrement économique et une profonde crise institutionnelle.

Une rhétorique bien rodée, mais déconnectée du terrain

Dans son intervention, la ministre Sandra Paulemont a insisté sur les « trois priorités majeures » du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé : sécurité, redressement économique et organisation des élections. Une énumération désormais classique, répétée à chaque prise de parole officielle, mais dont la concrétisation reste largement invisible pour la population.

Car au-delà des mots, la réalité est brutale : l’insécurité persiste, l’économie stagne, et les perspectives électorales demeurent floues. Dans ce contexte, la tenue d’un atelier technique, aussi structuré soit-il, peut difficilement masquer l’absence de résultats tangibles.

Des contraintes connues… mais toujours invoquées

La ministre évoque des « échéances particulièrement serrées », comme si l’urgence était une découverte récente. Or, la gestion des délais et des priorités constitue précisément le cœur même de la planification publique. Reconnaître tardivement ces contraintes revient à admettre, implicitement, des lacunes dans l’anticipation et la coordination gouvernementale.

De son côté, le Directeur des Investissements Publics, Frantz Bastien, appelle à plus de « réalisme » et à une meilleure définition des indicateurs de performance. Une injonction qui sonne comme un aveu : les projets antérieurs manquaient donc de rigueur, de clarté et de suivi. Une situation préoccupante pour un pays où chaque dollar investi devrait produire un impact mesurable.

Une sélection « rigoureuse » qui interroge

L’annonce d’une « analyse approfondie » et d’une « sélection rigoureuse » des projets laisse également perplexe. Sur quels critères précis cette sélection sera-t-elle effectuée ? Qui en garantira la transparence ? Et surtout, pourquoi ces exigences de rigueur semblent-elles émerger seulement à ce stade du processus ?

Dans un environnement où la confiance envers les institutions est fragile, ces déclarations, sans mécanismes clairs de reddition de comptes, peinent à convaincre.

Une satisfaction consensuelle… mais peu crédible

Sans surprise, les coordonnateurs des UEP ont « salué » l’initiative et exprimé leur « satisfaction ». Un enthousiasme quasi automatique, qui contraste avec les difficultés structurelles régulièrement observées dans la mise en œuvre des projets publics.

Cette unanimité apparente pose question : s’agit-il d’un véritable engagement ou d’une simple formalité administrative dictée par les usages ?

L’atelier comme substitut à l’action ?

Au final, cet atelier illustre une tendance préoccupante : la multiplication des cadres de concertation au détriment de l’exécution effective des politiques publiques. Si la planification est indispensable, elle ne peut devenir une fin en soi.

À force d’accumuler les réunions, les diagnostics et les promesses de rigueur, le risque est grand de transformer l’action publique en exercice bureaucratique déconnecté des urgences nationales.

Dans un pays confronté à des défis aussi pressants, la population n’attend pas un énième atelier. Elle attend des résultats.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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