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Dégradation des sols en Haïti : le ministère multiplie les ateliers pendant que les terres disparaissent

Alors que la dégradation des terres s’aggrave à un rythme inquiétant en Haïti, le ministère de l’Environnement annonce le lancement des travaux de préparation du rapport PRAIS (Performance Review and Assessment of Implementation System). Présentée comme une initiative destinée à mieux comprendre et combattre la dégradation des sols, l’annonce soulève toutefois une question fondamentale : combien d’ateliers, de rapports et d’analyses faudra-t-il encore avant que des actions concrètes et visibles soient réellement mises en œuvre ?

Organisé le 6 mars 2026 par la Direction des Forêts et des Énergies Renouvelables (DFER), dirigée par l’agronome Eder Audate, cet atelier s’inscrit dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. L’activité a été réalisée en collaboration avec le Centre National d’Information Géospatiale (CNIGS), avec l’appui de partenaires internationaux tels que le Partenariat Mondial pour la Gestion Durable des Terres (PISLM), le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et le programme AMCC+.

Sur le papier, l’objectif semble louable : renforcer la collecte et l’analyse des données pour mieux documenter la dégradation des terres et orienter les politiques publiques. Mais dans un pays où la déforestation, l’érosion et les effets des changements climatiques sont déjà identifiés depuis des décennies, la multiplication d’outils d’analyse donne parfois l’impression que l’État privilégie la production de rapports plutôt que la mise en œuvre d’actions à grande échelle.

Le ministre de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, qui a procédé à l’ouverture officielle de l’atelier, a rappelé que la restauration des sols est essentielle pour renforcer la sécurité alimentaire. Selon lui, des actions telles que la reforestation, le reboisement et la lutte contre l’érosion constituent des priorités majeures de l’État haïtien.

Cependant, ces priorités sont loin d’être nouvelles. Depuis des années, les autorités évoquent les mêmes solutions sans que les résultats ne soient à la hauteur de l’urgence écologique. Pendant que les discours se répètent, la dégradation des terres se poursuit et fragilise davantage la production agricole et la sécurité alimentaire du pays.

Le directeur général du ministère a également insisté sur l’importance de produire des données fiables pour mieux orienter les politiques publiques. Là encore, l’intention paraît pertinente. Mais la réalité pose une autre question : l’absence de données est-elle réellement le principal obstacle, ou s’agit-il plutôt d’un manque chronique de mise en œuvre des politiques déjà identifiées ?

Les travaux techniques de l’atelier ont porté sur plusieurs aspects spécialisés : l’analyse à haute résolution de la couverture terrestre, la dynamique de la productivité des terres, l’estimation du carbone organique des sols et l’intégration de ces indicateurs dans l’évaluation de l’objectif de développement durable 15.3.1. Les participants ont également travaillé sur la préparation de données compatibles avec le système PRAIS.

Ces exercices techniques témoignent d’une volonté de structurer l’information environnementale. Mais ils illustrent aussi une tendance récurrente : l’environnement en Haïti semble souvent géré à travers des projets, des ateliers et des cadres techniques soutenus par des partenaires internationaux, sans que cela se traduise systématiquement par des changements visibles sur le terrain.

Ainsi, derrière la préparation d’un nouveau rapport censé éclairer les politiques publiques, une interrogation persiste : ce travail débouchera-t-il enfin sur des actions concrètes capables de ralentir la dégradation accélérée des sols, ou viendra-t-il simplement s’ajouter à la longue liste des diagnostics déjà établis ?

Car pendant que les experts analysent les indicateurs et remplissent les tableaux du système PRAIS, les terres haïtiennes continuent, elles, de se dégrader. Et le pays ne peut plus se permettre que la lutte contre cette crise environnementale reste confinée aux salles d’atelier.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com

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