Port-au-Prince a eu droit, ce 26 février 2026, à un spectacle désormais bien rodé : celui du retour solennel du Premier ministre après un sommet international, avec déclaration martiale en prime au Salon diplomatique de l’Aéroport international Toussaint Louverture.
De retour de la 50e réunion de la Communauté caribéenne (CARICOM), tenue sous le thème ambitieux « Aller au-delà des paroles : agir aujourd’hui », le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a, avec une ironie involontaire presque touchante, réaffirmé l’engagement « ferme » de son gouvernement à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national. Rien que ça.
Agir aujourd’hui… ou déclarer aujourd’hui ?
Entouré de ministres, secrétaires d’État, représentants des Forces armées et du Commandant en chef a.i. de la PNH, le Chef du Gouvernement a insisté sur la « priorité absolue » qu’est la sécurité. Priorité absolue, donc, comme elle l’était hier, et avant-hier, et sans doute demain.
La restauration de l’ordre public serait la condition essentielle à l’organisation d’élections « libres, inclusives et crédibles ». Une perspective si souvent annoncée qu’elle pourrait bientôt entrer dans le patrimoine culturel immatériel du pays.
Diplomatie active, résultats en attente
À Basse-Terre, le Premier ministre a multiplié les rencontres « stratégiques ». Il a échangé avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, avec le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness — également président en exercice de la CARICOM —, avec la secrétaire générale Carla Barnett et avec l’« Éminente Personnalité » Kenny Anthony.
Les discussions ont porté sur la stabilisation d’Haïti, la coopération régionale et des « initiatives concrètes ». On attend désormais la partie la plus audacieuse du programme : la concrétisation.
Pacte national : unanimité de façade, crise intacte
La signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections par plus de 200 partis et organisations aurait été « favorablement accueillie » par les partenaires internationaux. On imagine sans peine leur soulagement : si 200 structures signent, la stabilité doit être au coin de la rue.
Dans un pays où l’inflation des sigles concurrence celle des prix, le symbole semble avoir, une fois de plus, pris le pas sur la réalité.
Coopération internationale tous azimuts
Le gouvernement se félicite d’échanges « constructifs » avec les Émirats arabes unis autour de la sécurité, des investissements et du contrôle financier. De quoi « renforcer le positionnement régional d’Haïti ». Une formule suffisamment large pour contenir tous les espoirs… et toutes les imprécisions.
Des discussions sont également en cours avec la Jamaïque pour la réouverture de l’ambassade haïtienne à Kingston et une coopération accrue contre le crime organisé, notamment dans la baie de Port-au-Prince. L’idée d’une « présence accrue » en mer sonne comme une promesse rassurante, surtout pour ceux qui attendent déjà une présence accrue sur terre.
L’Autriche offrirait des bourses à des étudiants haïtiens. La Finlande accorderait plus de deux millions de dollars pour la réponse humanitaire. Les États-Unis sont remerciés pour leur appui à la mise en place de la Force de Répression des Gangs.
À ce rythme, la diplomatie haïtienne pourrait bientôt devenir l’un des secteurs les plus dynamiques du pays — du moins sur le plan déclaratif.
L’ordre des priorités… et des communiqués
En conclusion, le Premier ministre a réitéré sa « détermination » à restaurer la confiance et à engager résolument le pays sur la voie du développement durable et inclusif.
Les mots, eux, voyagent bien. Ils traversent les frontières, remplissent les salons diplomatiques, s’alignent dans les communiqués impeccablement rédigés.
Reste à savoir quand ils décideront, enfin, de descendre de l’avion.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@yahoo.com