Alfred Métellus avait été présenté comme un technicien de haut niveau, formé dans les organismes internationaux, un profil censé incarner compétence et rigueur. Mais dès son entrée au ministère de l’Économie et des Finances, l’image s’est effondrée. Le pouvoir, au lieu de révéler ses qualités, a mis en lumière une fragilité morale qui allait le conduire à sa perte.
Propulsé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, il s’est rapidement transformé en exécutant docile d’un système corrompu. Loin de défendre l’intégrité de l’État, il s’est compromis avec le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), participant aux manœuvres qui ont vidé les caisses publiques. Dans cette logique de prédation, il s’est même imaginé successeur de celui qui l’avait nommé, preuve d’une ambition démesurée et déconnectée de toute réalité.
Son attitude au Conseil des ministres illustre cette absence de « colonne vertébrale ». Plutôt que de démissionner avec dignité, il s’est assis, passif, attendant sa révocation comme un figurant sans honneur. Ce geste, ou plutôt cette absence de geste, a scellé l’image d’un homme incapable de défendre son nom, sa famille et son parcours.
La chute fut brutale. Métellus est sorti du pouvoir éclaboussé par des sanctions américaines et des accusations graves, notamment liées au financement de gangs armés. Ces charges, qu’il n’a jamais pu dissiper, ont marqué son naufrage public et l’ont placé au rang des techniciens compromis, incapables de résister aux tentations du pouvoir.
Ce qui frappe, c’est la manière méthodique dont il a orchestré son propre assassinat moral et familial. Chaque décision, chaque compromission, chaque silence complice a contribué à détruire l’image qu’il avait patiemment construite avant son entrée en politique. Le technicien respecté s’est mué en symbole de la décadence d’un système.
Encore un exemple de compétence vendue, de dignité piétinée. Alfred Métellus illustre cette génération de cadres qui, au lieu de servir l’État, se sont laissés absorber par la logique du pillage. Sa trajectoire rappelle que le savoir technique, sans éthique, ne protège pas contre la corruption.
La question demeure : a-t-il été piégé, utilisé, ou simplement dépossédé de sa propre lucidité ? Certains diront qu’il n’était qu’un rouage dans une machine plus vaste, incapable de résister aux pressions. D’autres souligneront qu’il a choisi, en toute conscience, de se compromettre. Dans les deux cas, la responsabilité lui revient.
Son histoire est celle d’un effondrement moral, mais aussi d’un avertissement. Elle montre que la compétence technique, si elle n’est pas accompagnée d’une colonne vertébrale éthique, peut devenir un instrument de destruction. Métellus n’a pas seulement perdu son poste : il a perdu son honneur, sa crédibilité et jusqu’à la mémoire de ce qu’il aurait pu représenter.
Ainsi s’achève le parcours d’un technicien révoqué, que le pouvoir a fait perdre toute lucidité. Un homme qui aurait pu incarner la rigueur, mais qui restera comme le symbole d’une trahison envers lui-même et envers la société qu’il devait servir.
Rédaction: Zantray News Haïti