Le Campus Henry Christophe de Limonade (CHCL) a accueilli, le jeudi 29 janvier 2026, la deuxième conférence publique du Comité National Haïtien de Restitution et Réparation (CNHRR) autour du thème « la restitution et la réparation liées à la rançon imposée par la France à Haïti au XIXᵉ siècle ». Cette rencontre, qualifiée par les organisateurs de scientifique et citoyenne, a rassemblé professeurs, membres du personnel administratif et étudiants.
Plusieurs intervenants ont pris la parole à l’occasion, rapporte une note de l’Université d’État d’Haïti publiée le 3 février 2026. Pour les initiateurs, il s’agissait d’inviter chacun à s’engager dans le combat historique et politique, en mettant en avant l’implication académique et citoyenne pour défendre la justice et la dignité du peuple haïtien, tout en exigeant la restitution de la dette de l’indépendance.
Le professeur Ronald Jean-Jacques, Secrétaire exécutif du CNHRR, a présenté le Comité comme une plateforme fédératrice destinée à unir les Haïtiennes et les Haïtiens autour d’un front commun. Il a détaillé les huit sous-groupes de travail mis en place — Histoire, Économie, Droit, Relations internationales, Mémoire, Santé publique, Mobilisation et Communication, Utilisation des fonds restitués — appelés à collaborer avec les différents secteurs de la société.
Dans son intervention, le professeur Bildadson Cadélus, responsable du sous-groupe Mobilisation et Communication, a introduit la notion de « bancocratie », qu’il considère comme un mécanisme central de néo-colonisation. Selon lui, la dette a servi d’outil de tutelle, plaçant les dirigeants haïtiens sous l’influence des élites françaises et des banques, et instaurant une « gouvernance inversée ». Il a rappelé que la rançon imposée a durablement affaibli l’État haïtien pendant plus de 122 ans.
Selon le communiqué de l’UEH, le professeur Edelyn Dorismond, Doyen de la Faculté des Sciences Humaines du CHCL, a proposé une réflexion anthropologique et politique sur le projet civilisationnel du christianisme et son rapport symbolique avec les rançons imposées aux peuples colonisés. Le document précise qu’il a établi un parallèle entre le sacrifice messianique de Jésus pour le salut du monde et les pseudo-missions colonialistes qui ont justifié l’imposition de rançons aux peuples exploités, par le biais de l’esclavage et de la domination.
Le professeur Gédéon Louis a mis en avant plusieurs références majeures sur l’actualisation du montant de la rançon, notamment l’article du New York Times de février 2022 et les travaux de l’économiste Thomas Piketty, rappelle l’Université d’État. Selon le communiqué, ces interventions ont suscité des échanges riches et pertinents avec un public engagé, témoignant de l’intérêt croissant pour cette lutte mémorielle et politique.
Rédaction: Zantray News Haïti