Face à l’échec des transitions politiques successives et, plus récemment, de celle conduite par le Conseil présidentiel de transition (CPT), le Groupe de Réflexion Permanente sur Haïti (GREPH) propose une alternative qu’il qualifie d’institutionnelle, visant à rompre avec les formules politiques dominées par les compromis partisans et les arrangements de coulisses.
Selon Dr Omega Chery, coordonnateur général du GREPH, l’impasse actuelle impose une rupture nette avec les schémas politiques ayant montré leurs limites. L’alternative défendue par le groupe repose ainsi sur la mise en place d’un pouvoir transitoire structuré autour de trois piliers fondamentaux : un Président de la transition issu de la Cour de cassation, un exécutif encadré par un organe indépendant de contrôle composé de quinze membres, et un Premier ministre désigné par les secteurs représentatifs de la société haïtienne.
Cette transition, précise le GREPH, aurait un mandat strictement limité à douze mois, centré sur deux missions prioritaires : le rétablissement d’un climat de sécurité minimal sur l’ensemble du territoire national et l’organisation d’élections crédibles devant permettre le retour à l’ordre constitutionnel. Afin d’éviter toute dérive, des règles d’inéligibilité strictes seraient appliquées, excluant les membres de l’exécutif, du gouvernement et de l’organe de contrôle de toute candidature aux élections organisées durant la période transitoire.
Au cœur de cette proposition figure le choix d’un Président de la transition issu de la Cour de cassation. Pour le GREPH, la sortie de crise passe par l’abandon des présidences politiques issues de négociations opaques. En confiant la magistrature suprême à une personnalité provenant du pouvoir judiciaire, la transition s’appuierait sur une institution perçue comme plus neutre, moins exposée aux rivalités partisanes et susceptible de restaurer un minimum de confiance publique.
Cette présidence serait, dès son origine, encadrée par un organe indépendant de contrôle et de suivi, installé avant même l’entrée en fonction du Chef de l’État. Contrairement aux transitions précédentes, où les mécanismes de contrôle étaient inexistants, tardifs ou inefficaces, le GREPH insiste sur la nécessité d’un dispositif opérationnel dès le premier jour.
Le Président de la transition prêterait serment devant cet organe le 7 février 2026, plaçant ainsi son mandat sous une obligation immédiate de transparence, de responsabilité et de reddition de comptes, conformément au document intitulé « Propositions pour une transition institutionnelle de stabilité et d’impartialité ».
Le troisième pilier de l’alternative du GREPH concerne la désignation du Premier ministre. Celui-ci ne serait ni choisi unilatéralement par le Président ni issu d’accords politiques fermés, mais sélectionné parmi cinq candidats à l’issue d’un processus transparent et indépendant impliquant les principaux secteurs de la société haïtienne.
L’université, la société civile organisée, le secteur religieux, les femmes et les jeunes, le monde paysan ainsi que le secteur économique et privé prendraient part à ce processus afin de garantir que le Chef du gouvernement soit l’émanation d’un consensus sociétal plutôt que le produit d’un marchandage politique. Pour le Dr Omega Chery, coordonnateur général du GREPH, cette démarche vise à replacer la légitimité citoyenne au cœur de l’action publique durant la transition.
À travers cette proposition, le GREPH affirme ne pas chercher à exercer le pouvoir ni à imposer une transition politique supplémentaire, mais à proposer une autre manière d’exercer le pouvoir pendant la transition : un Président non politique, un exécutif surveillé dès le premier jour et un gouvernement issu des secteurs sociaux plutôt que des arrangements de coulisses. Le groupe présente cette initiative comme « une contribution citoyenne à la reconstruction de l’État et à la restauration de la confiance publique ».
Rédaction : Zantray News Haïti