Le communiqué publié à l’occasion de la Fête nationale de l’Indépendance d’Haïti, le 1er janvier 2026, ressemble moins à une annonce politique qu’à un exercice de rhétorique institutionnelle parfaitement rodé. À la Villa d’Accueil, le Chef du Gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, entouré du Président du Conseil Présidentiel de Transition et des Conseillers-Présidents, a pris part à une cérémonie décrite comme « hautement symbolique, historique et nationale ». Tout est dit, ou presque, dans la forme. Le fond, lui, reste désespérément abstrait.
Comme chaque année, l’Indépendance est convoquée dans toute sa solennité. Le communiqué rappelle l’acte fondateur de 1804, la victoire contre l’esclavage, la proclamation de la liberté, de la dignité humaine et de la souveraineté. Des mots forts, universels, incontestables. Mais à force d’être répétés sans traduction concrète, ils finissent par sonner creux. L’héritage est qualifié de « politique, spirituel et universel », censé « éclairer notre destin collectif ». Pourtant, aucune lumière nouvelle ne semble jaillir de cette commémoration officielle.
Le Chef du Gouvernement affirme que cet héritage « oblige ». Il appellerait à l’unité nationale, au dépassement des clivages, au sens de l’État et à une responsabilité collective renouvelée. Là encore, l’intention est noble, mais l’énoncé reste vague, presque incantatoire. Qui doit dépasser quoi ? Quelles responsabilités concrètes sont assumées ? Le communiqué ne le dit pas. Il se contente d’aligner des principes généraux, sans jamais entrer dans le moindre détail opérationnel.
Le texte promet que les institutions de la République œuvreront « sans relâche » pour la sécurité, la paix publique, la stabilité institutionnelle et la reconstruction de la confiance nationale. Une liste ambitieuse, presque exhaustive, mais qui ressemble davantage à un catalogue de vœux pieux qu’à une feuille de route. Rien n’indique comment ces objectifs seront atteints, ni selon quel calendrier, ni avec quels moyens. La gravité du « contexte actuel marqué par de multiples défis » est reconnue, mais aussitôt neutralisée par un langage convenu.
L’annonce de la volonté d’organiser des élections « démocratiques, crédibles et transparentes en 2026 » s’inscrit dans la même logique. Elle est présentée comme une condition essentielle au retour à la légitimité constitutionnelle, sans que le communiqué n’apporte le moindre élément permettant d’évaluer la faisabilité réelle de cet engagement. Le mot « détermination » est employé, mais il reste suspendu dans le vide.
Enfin, l’appel lancé à chaque Haïtienne et à chaque Haïtien, en Haïti comme dans la diaspora, à se rassembler autour des valeurs de liberté, d’unité, de sécurité, de stabilité et d’espoir, clôt le texte sur une note solennelle. L’État renouvelle son engagement à servir le peuple « avec dignité, responsabilité et foi en l’avenir ». Là encore, l’énoncé est irréprochable sur le plan moral, mais il ne dépasse jamais le stade de la déclaration d’intention.
Au final, ce communiqué illustre parfaitement une gouvernance qui parle abondamment de symboles, d’histoire et de valeurs, tout en évitant soigneusement toute précision engageante. L’Indépendance y est célébrée comme un héritage sacré, mais elle ne se traduit ni en décisions claires ni en actions identifiables. À force de commémorer 1804 sans en assumer les exigences concrètes, le pouvoir semble transformer l’histoire en refuge discursif plutôt qu’en moteur de changement. Une indépendance honorée par des mots, mais toujours en attente d’actes.
Mozard Lombard,
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