À la Direction générale de la Police nationale d’Haïti, le pouvoir exécutif a livré un nouvel exercice de communication martiale. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, entouré de tout l’appareil sécuritaire — Justice, Sécurité publique, haut commandement de la PNH — a réaffirmé, une fois de plus, « l’offensive totale » contre les gangs armés. Solennité affichée, fermeté martelée, slogans répétés : le communiqué déroule une rhétorique de guerre qui tient davantage de l’incantation que du bilan.
La « mobilisation générale » est proclamée, l’« offensive déterminée » annoncée, la « reconquête progressive » promise. Mais le texte se garde bien d’indiquer des résultats, des échéances vérifiables ou des critères d’évaluation. À défaut de faits, l’État empile les formules : « sans relâche », « sans compromis », « sans recul ». La répétition remplace l’explication, la posture supplée l’action démontrée.
Moment central de la visite : la reconnaissance officielle adressée au Bureau des Affaires internationales de stupéfiants et de répression du Département d’État américain pour la remise de 25 véhicules blindés. L’aveu est limpide : le renforcement opérationnel mis en avant repose sur une dotation étrangère. La « puissance d’intervention » vantée tient en un chiffre — 25 — présenté comme stratégique, sans qu’aucune clarification ne soit apportée sur son intégration, son déploiement ou son impact réel. La souveraineté invoquée se conjugue ici avec la dépendance assumée.
Le discours de fermeté culmine dans une déclaration en créole — « Leta pap fè bak. Leta pap negosye ak kriminèl. » — qui sonne comme une profession de foi. Mais là encore, l’absolu proclamé n’est étayé par aucune mesure concrète nouvelle, aucun mécanisme précis, aucun calendrier opérationnel. La reconquête des territoires « occupés » est annoncée au futur, comme tant d’autres promesses avant elle.
Plus troublant encore, la sécurité est présentée comme la condition préalable au retour à l’ordre constitutionnel, tandis que l’année 2026 est déjà consacrée aux élections générales, avec la « mise en permanence du processus électoral sur l’ensemble du territoire national ». L’énoncé juxtapose l’urgence sécuritaire et l’ambition électorale sans expliquer comment un territoire à « reconquérir progressivement » serait simultanément prêt pour un processus électoral permanent, « sous l’autorité exclusive de l’État » — autorité précisément déclarée à restaurer.
Au final, ce communiqué illustre un pouvoir qui parle fort, promet beaucoup et détaille peu. La démonstration d’autorité s’arrête aux mots, l’offensive se raconte plus qu’elle ne se mesure, et la perspective électorale est brandie comme horizon de légitimation. Entre la gravité de la situation invoquée et la pauvreté des informations livrées, l’État se met en scène, mais laisse le pays en attente de preuves.
Mozard Lombard,
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