Le dernier communiqué gouvernemental consacré au Champ de Mars se distingue moins par ce qu’il annonce que par l’abondance de formules emphatiques destinées à masquer la pauvreté de son contenu réel. Présentés comme une « renaissance » et une preuve éclatante de l’action publique, de simples travaux d’embellissement sont élevés au rang d’exploit national, au prix d’un discours grandiloquent qui frôle l’autocélébration.
Le texte invoque tour à tour la collaboration, la responsabilité collective, le respect des institutions, la cohésion sociale, la sécurité, le bien-être de la population et même la mémoire nationale. Pourtant, aucune précision concrète n’est donnée sur la nature exacte des travaux réalisés, leur portée réelle, leur coût, ni leur impact mesurable sur la vie quotidienne des citoyens. Le Champ de Mars est décrit comme ayant « repris peu à peu son éclat d’antan », sans que cet éclat ne soit jamais défini autrement que par une succession de concepts abstraits.
Plus troublant encore, le communiqué attribue à ces interventions une capacité quasi miraculeuse : transcender les clivages, restaurer la confiance collective, renforcer la stabilité nationale, améliorer l’environnement sécuritaire et préparer des élections libres et démocratiques. Une charge symbolique aussi lourde, reposant sur de simples travaux d’embellissement, interroge sur le décalage entre le discours officiel et la réalité des attentes populaires que le texte prétend pourtant évoquer.
L’unité nationale est présentée comme déjà acquise, presque accomplie, grâce à ces travaux. Elle est qualifiée « d’acquis précieux », alors même que le communiqué se contente de l’affirmer sans démonstration, comme si la répétition des mots suffisait à créer la réalité qu’ils décrivent. Le Champ de Mars devient ainsi un décor commode, utilisé pour projeter une image d’harmonie et d’efficacité institutionnelle, sans que les conditions concrètes de cette unité ne soient jamais abordées.
En définitive, ce communiqué illustre une tendance préoccupante : transformer des actions limitées en symboles excessifs, et substituer un langage lyrique à une information rigoureuse. À force de vouloir faire du Champ de Mars le résumé de toutes les vertus républicaines — unité, paix sociale, démocratie, prospérité — le gouvernement finit par exposer surtout sa difficulté à parler de résultats tangibles. Derrière la façade embellie et les mots soigneusement choisis, le citoyen reste face à un discours qui célèbre beaucoup, explique peu et promet, une fois de plus, sans réellement rendre compte.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com