De l'information fiable en temps réel !

Ruelle Vaillant : un hommage officiel qui masque mal l’impuissance du pouvoir

Trente-huit ans après le massacre de la ruelle Vaillant, le gouvernement haïtien tente encore une fois de se draper dans les grands mots, les formules solennelles et les déclarations vibrantes pour commémorer les martyrs de 1987. Mais à lire le communiqué publié ce samedi par la Primature, difficile d’ignorer l’écart flagrant entre les engagements proclamés et la réalité que vivent quotidiennement les citoyens.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé rend, comme chaque année, un hommage « solennel et national » aux victimes. Il parle de « vigilance », de « responsabilité » et d’un « engagement régalien » pour la sécurité, la stabilité et l’unité nationale. Il affirme vouloir « garantir la sécurité pour tous », « consolider la stabilité » et « créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles ».

Des promesses, encore des promesses.
Des engagements, toujours les mêmes, répétés mécaniquement à chaque commémoration, comme une litanie officielle qui se heurte frontalement à l’impasse politique, sociale et sécuritaire du pays.

Le communiqué évoque la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour le droit de vote, pour la démocratie, pour un pays capable de se tenir debout. Mais il se garde bien d’admettre ce que chacun constate : ces idéaux, trente-huit ans plus tard, restent prisonniers d’un horizon lointain, tandis que l’État se contente trop souvent de mots, faute d’actes concrets.

Le gouvernement « réaffirme » sa détermination. Il « célèbre » le courage des martyrs. Il « conclut » en invitant à l’espoir et à la stabilité. Pourtant, derrière ces formules officielles, le communiqué ne dit rien de neuf, rien de concret, rien qui permette de croire que ce pouvoir dispose enfin des leviers pour transformer ces vœux pieux en réalité.

En ce jour de mémoire nationale, l’hommage rendu aurait pu être l’occasion pour les autorités de reconnaître leurs propres limites, leurs propres responsabilités, et d’annoncer des mesures fortes, substantielles, à la hauteur du sacrifice de ceux tombés le 29 novembre 1987. Au lieu de cela, elles se réfugient dans une rhétorique impeccable mais creuse, où la démocratie est un mot commode, dépouillé de son exigence.

Les martyrs de la ruelle Vaillant méritaient mieux qu’un texte poli et sans relief. Ils méritaient un gouvernement capable de transformer la mémoire en action. Aujourd’hui encore, ce rendez-vous historique semble manqué.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Article

Le Gouvernement précipite l’examen du décret électoral : une course opaque contre la montre

Related Posts