Le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC) a publié une note triomphaliste sur une séance de travail tenue avec le Comité de Normalisation de la Fédération Haïtienne de Football (FHF). Mais derrière les sourires, les plaques d’honneur et les déclarations grandiloquentes, difficile d’y voir autre chose qu’une opération de communication soigneusement emballée, laissant ouvertes les véritables interrogations que soulève la préparation d’Haïti pour la Coupe du Monde 2026.
La Ministre Niola Lynn Sarah Octavius, entourée de ses cadres, a longuement célébré la « portée symbolique » et « l’esprit de Vertières » accompagnant la qualification des Grenadiers. Une rhétorique patriotique qui, si elle flatte l’orgueil national, ne masque en rien l’absence de décisions concrètes et prouvées dans cette rencontre qui, en théorie, devait clarifier la stratégie d’Haïti à quelques mois du Mondial.
On parle ainsi d’« échanges fructueux » sur l’unité, la motivation et la cohésion de la sélection. Très bien. Mais l’essentiel, lui, reste dans un brouillard préoccupant. Les dossiers cruciaux — budget de participation, primes, logistique, rôle de l’État, mobilisation multisectorielle — ne sont évoqués qu’en surfaces, renvoyés à plus tard, à une « finalisation » après le tirage au sort du 5 décembre. Encore un délai, encore une promesse de future précision.
Quant à l’annonce d’une commission spéciale pour « mobiliser tous les secteurs », elle sonne comme un énième mécanisme institutionnel dont la mission, encore une fois, n’est définie que par grandes lignes. Le MJSAC et la FHF affirment vouloir « renforcer l’implication du secteur privé » et « structurer des mécanismes de collaboration ». Mais aucune mesure concrète n’est présentée, aucun calendrier n’est annoncé, aucun engagement chiffré n’est mentionné.
Pire : alors que le communiqué insiste sur la « responsabilité de l’État » en matière de primes de qualification, il n’indique absolument rien sur la disponibilité réelle des fonds, ni sur la garantie que les athlètes recevront ce qui leur est dû dans les délais. On applaudit les Grenadiers, on leur remet des plaques… mais sur les engagements tangibles, silence radio.
La présence d’un long cortège d’acteurs ministériels — anciens ministres, directeurs, coordonnateurs — ne change rien à l’impression dominante : beaucoup de monde autour de la table, mais peu de décisions fermes au sortir de la réunion.
Cette séance, présentée comme la première d’une « série de rencontres stratégiques », s’apparente davantage à une cérémonie protocolaire qu’à un véritable atelier de planification. Avec le Mondial 2026 qui approche à grande vitesse, le pays ne peut se contenter d’images et de discours symboliques. Les Grenadiers auront besoin de ressources, d’organisation, d’un plan opérationnel solide — pas seulement d’une succession de réunions annoncées comme stratégiques.
En somme, le MJSAC et la FHF promettent beaucoup, affichent un enthousiasme certain, mais la note de presse ne livre aucun élément permettant de croire que les défis logistiques, financiers et organisationnels sont réellement en voie d’être résolus. Pour un rendez-vous aussi historique que le second Mondial d’Haïti, le pays mérite plus que des déclarations d’intention. Il mérite des actes.
Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com