De l'information fiable en temps réel !

12 janvier : la solidarité proclamée, l’hypocrisie bien polie

À l’occasion de la commémoration du tremblement de terre du 12 janvier 2010, l’ambassade américaine en Haïti a livré un message qui se veut solennel, empathique et solidaire. À la lecture attentive, il apparaît surtout comme une démonstration achevée d’hypocrisie diplomatique, où les grands mots servent à masquer le vide du propos et l’absence d’engagement réel.

« Nous nous souvenons », « nous honorons la mémoire », « nous exprimons notre solidarité » : ces formules reviennent avec une régularité quasi mécanique. Leur accumulation donne l’illusion de la compassion, mais révèle surtout un discours standardisé, recyclé, prêt à l’emploi. L’émotion y est annoncée avec emphase, mais soigneusement tenue à distance. On la proclame haut et fort, tout en évitant scrupuleusement de lui donner une quelconque consistance.

Le séisme est qualifié de « dévastateur », et l’adjectif est répété, comme si l’insistance pouvait remplacer la réflexion. Cette redondance, loin de traduire une prise de conscience profonde, souligne au contraire une approche superficielle, où l’évidence est soulignée pour mieux éviter toute analyse réelle. La tragédie est reconnue dans les mots, mais jamais interrogée dans le fond.

La référence à la « résilience » du peuple haïtien achève de dévoiler l’hypocrisie du message. Érigée en slogan rassurant, cette résilience permet d’admirer sans s’impliquer. Le peuple haïtien est transformé en symbole abstrait, héroïque par obligation, silencieux par commodité. Il est célébré de loin, encensé pour sa capacité à endurer, mais privé de toute voix propre dans ce récit diplomatique soigneusement contrôlé.

L’« espoir pour les générations à venir », évoqué en conclusion, fonctionne comme une promesse automatique, vague et désincarnée. Elle ne repose sur aucun engagement clairement formulé, aucune perspective tangible. Suffisamment floue, elle permet de conclure sur une note positive sans jamais avoir à rendre de comptes.

Enfin, le « nous » collectif dans lequel se drape l’ambassade achève la mise en scène. Une solidarité consensuelle, confortable, sans bilan ni responsabilité, qui transforme la commémoration en un simple exercice de style. Derrière les mots élégamment choisis, rien ne vient troubler cette posture morale bien huilée.

En prétendant honorer la mémoire des victimes, l’ambassade américaine expose surtout son attachement aux formules toutes faites. Cette communication, sous couvert de recueillement, illustre une hypocrisie manifeste : celle d’un discours qui affiche l’émotion, revendique la solidarité, mais se garde bien de dépasser le langage creux. Une commémoration où les mots abondent, précisément là où le sens fait défaut.

Mozard Lombard,
mozardolombardo@gmail.com

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Article

433 Awards 2025 : la joueuse haïtienne Melchie Dumornay décroche la bague

Next Article

Séisme du 12 janvier : l’Ambassade des États-Unis se souvient, mais les fonds de reconstruction d’Haïti restent dilapidés

Related Posts