Port-au-Prince a une nouvelle fois démontré, le 12 janvier, son exceptionnelle capacité à commémorer. Au Palais national, au Champ-de-Mars, tout était réuni pour honorer la mémoire des victimes du séisme dévastateur : solennité, gravité, espérance… et surtout un impressionnant déploiement de mots soigneusement choisis.
Le Président du Conseil présidentiel de transition, Son Excellence Monsieur Laurent Saint Cyr, entouré de membres du CPT et du Chef du Gouvernement, Monsieur Alix Didier Fils-Aimé, a pris part à la cérémonie officielle de recueillement. Un moment fort, dit-on, marqué par un geste d’une portée symbolique inégalée : le dépôt d’une gerbe de fleurs. Car rien n’incarne mieux la solidarité indéfectible de l’État qu’un bouquet déposé avec gravité.
L’hommage appuyé aux « milliers de vies fauchées » a permis de réaffirmer ce qui est désormais un pilier de la vie nationale : le devoir de mémoire, revisité chaque année avec la même ferveur protocolaire. Dans un message à la Nation, le Président Laurent Saint Cyr a rappelé l’essentiel, avec une remarquable constance lexicale : ne jamais oublier, mieux se préparer, se rassembler, bâtir, éclairer les choix, inspirer l’action collective, renforcer la détermination, agir ensemble, dans la responsabilité et le sens de l’État. Une véritable performance d’endurance rhétorique.
Le message est clair, limpide, répété avec pédagogie : Haïti peut se relever. Haïti doit se relever. Haïti va se relever. À condition, bien sûr, de faire le choix de la responsabilité, du dialogue et de l’action — un triptyque désormais solidement ancré dans le patrimoine immatériel du discours officiel.
Le Premier ministre, Monsieur Alix Didier Fils-Aimé, n’a pas été en reste. Il a souligné la « portée nationale » de ce moment de recueillement et rappelé que le deuil demeure, mais que l’espérance aussi. Une espérance appelée à bâtir une Haïti « debout », fondée sur la paix, la stabilité et la solidarité. Trois mots, là encore, d’une efficacité éprouvée dans les cérémonies.
Paix aux défunts. Courage aux survivants. Foi en l’avenir d’Haïti. La formule est sobre, équilibrée, parfaitement adaptée à l’exercice. Elle clôt dignement une commémoration qui s’inscrit, comme il se doit, dans une « volonté renouvelée » de renforcer l’unité nationale, de promouvoir une reconstruction durable et de consolider la résilience et la stabilité du pays face aux défis présents et à venir.
En somme, une cérémonie exemplaire, où la Nation s’est recueillie, l’État s’est exprimé, et l’espérance a été une fois de plus officiellement renouvelée. Quant à la reconstruction, elle reste solidement ancrée là où elle excelle depuis seize ans : dans les discours.
Mozard Lombard,
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